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Les Francs-Maçons ont-ils fait la République ?

Il n’est pas évident que la Franc-Maçonnerie ait joué un rôle déterminé et déterminant dans l’instauration, difficile, de la troisième République.Le Grand Orient de France (10000 membres en 1870) ne semble pas, en tout cas, s’être engagé en tant que tel dans la lutte menée par les républicains et les exilés de l’empire contre la haute bourgeoisie, les cléricaux et les nostalgiques de la monarchie. 

Ce qu’on peut lui reprocher, si un tel reproche peut en fait être formulé, c’est d’avoir seulement – mais sous l’empire – abrité dans ses loges bon nombre de frères opposés au régime impérialo: la loge étant alors le seul endroit où des idées libérales pou­vaient être, sans risque de poursuites ou d’arrestation, ex­primées. Rappelons, à ce propos, l’attitude, foncièrement pacifiste, du Grand Orient de France tout au long de la Commune.

 Si le Grand Orient n’a pas déclaré la guerre à la réaction « bourgeoise », certains de ses membres, répondant aux noms de François Arago, Léon Bourgeois, Henri Brisson, Émile Combes, Fré­déric Des­mons, Jules Ferry, Charles Floquet, Léon Gambetta, Émile Littré, Jules Simon, l’ont fait pour lui – car on trouve en ce vivier de députés, de sé­nateurs et de ministres, plusieurs des pères de la nouvelle République. Résultat de l’action menée par les francs-maçons répu­­blicains, associée à celle des profanes républicains : les évé­ne­ments survenus en 1877. 

En mai, le maréchal-président Mac-Mahon congédia le ministère que dirigeait Jules Simon. En juin, la Chambre des députés fut dissoute. En octobre, les libéraux remportèrent les élections législatives, entraînant bientôt la démission de Mac-Mahon.La Républi­que était alors sauvée...

Les dernières années du XIXe siècle, les premières du XXe, furent marquées par la poursuite des activités politiques des frères du Grand Orient constituant, sinon la source, du moins l’épine dorsale du ra­dica­lisme naissant. Leur influence fut grande, en effet, tant dans la conduite de l’État que dans l’établissement de la laïcité, aboutissant tout naturellement à l’adoption, en 1901, de la loi sur les associations, et en 1905, de celle relative à la séparation de l’Église et de l’État. 

La puissance et la gloire de la Franc-Maçonnerie étaient à leur apogée, quand survint en 1904 la malencontreuse « Affaire des Fiches » mettant en scène un général et ministre de la guerre franc-maçon, Louis André. S’ensuivit, tout naturellement, une campagne antimaçonnique particulièrement virulente.

L’alliance franco-russe (1892-94), l’assassinat de Jean Jaurès (1914), les trou­bles diplomatiques con­duisant aux combats meurtriers de la Grande Guerre (1914-18), n’eurent pas d’incidence particulière sur la Franc-Maçonnerie française qui soutint en toutes occasions la cause nationale. Au terme du premier conflit mondial, celle-ci devait, toutefois, perdre le rôle politique prépondérant qui avait été le sien dans le passé.Il ne s’agissait plus alors d’instaurer la République, ni d’im­poser la laï­cité dans la nation. Certes, les problèmes sociaux restaient nombreux, mais leur règlement pouvait se faire par des voies, et des voix au­tres que maçonniques. 

Le Grand Orient de France voyait par ailleurs de plus en plus de frères – et désormais de sœurs – échapper à ses règlements, pour appartenir à des obédiences rivales ne partageant pas ses principes «progressistes et adogmatiques ». Au sein des loges maçonniques revenaient alors, peu à peu, l’ésotérisme et le symbolisme.

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