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Que dire du Rite écossais rectifié  ?


A l’origine du rite, il y eut la légende du renouveau templier et le Reichsfreiherr (baron d’empire) Karl Gotthelf von Hund und Altengrotkau (1722-1776). Ainsi naquit l’Ordre Illustre de la Stricte Observance Tem­plière, à la­quelle son « inventeur » entendit transmettre une mission de réforme et de rectification ma­çon­niques, reçue en France – selon lui – d’un mystérieux chevalier à plumet rouge, supposé être le Prétendant Charles Édouard Stuart. 

Vint ensuite, quelque temps après, un négociant lyonnais, du nom de Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824), en mal de spiritualité et d’occultisme, grand amateur de titres maçonniques ; ceci, après une expérience martinésiste chez les Chevaliers Élus Coëns, de Martinès de Pasqually, et une adhésion plus forte aux thèses martinistes de Louis Claude de Saint-Martin.  Dès 1772, tournant le dos à la Grande Loge de France en passe de devenir Grand Orient, Wil­ler­moz était prêt à participer à toute action possible de réforme et de rectification – en dé­tournant, à sa convenance et pour son propre compte, la Stricte Ob­ser­vance Templière de la voie tracée. 

Dix années, cependant, devaient être nécessaires au né­gociant lyonnais pour affirmer ses propres convictions phi­losophiques et établir son autorité sur un courant ma­çon­nique qui ne recevait pas entièrement son adhésion, en particulier pour ce qui concernait son attachement à la tradition tem­plière. 

Avec la mort du baron von Hund, en 1776, les quelques Directoires écossais constitués en France pouvaient se libérer de la tutelle germanique.Avec le convent des Gaules organisé à Lyon, deux ans plus tard, les loges françaises pou­vaient, sous l’impulsion de Willermoz, constituer les premières structures d’un nouvel Or­dre Intérieur dit des Chevaliers Bien­fai­sants de la Cité Sainte. En 1782, enfin, lors du convent général de Wilhelmsbad, en Hesse allemande, la Stricte Observance – devenue non templière, mais néanmoins mo­ribonde – abandonnait défi­nitivement le terrain de la réforme à Wil­lermoz et laissait la place au Ré­gime écossais dit réformé, ou rectifié

Après plus de deux siècles d’existence, le Rite écossais rectifié n’a rien perdu de ses principes premiers. Tant par sa «Règle à l’usage des loges réunies et rectifiées» que par ses rituels, il est ce qu’il était dans ses premiers jours d’existence; à savoir un rite foncièrement et délibérément chrétien, ayant pour bases spirituelles le respect de l’Évangile, la bien­fai­sance et l’amour du prochain. 

A retenir ces quelques lignes de la « Règle » :

• Ton premier hommage appartient à la divinité.Adore l’Être plein de Majesté qui créa l’univers par un acte de sa volonté, qui le conserve par un effet de son action continue, qui remplit ton cœur, mais que ton esprit borné ne peut concevoir, ni définir.

• L’Évangile est la base de nos obligations : si tu ne croyais pas, tu cesserais d’être maçon.Annonce dans toutes tes ­ac­tions une piété éclairée et active, sans hypocrisie, sans fa­na­tisme.

• Pénètre-toi de ce principe de charité et d’amour, base de cette sainte religion ; plains l’erreur sans la haïr et sans la persécuter ; laisse à Dieu seul le soin de juger, et contente-toi d’aimer et de tolérer.

• Aime ton prochain autant que toi-même et ne lui fais ja­mais ce que tu ne voudrais pas qu’on te fît.Sers-toi du don sublime de la parole, signe extérieur de ta domination sur la nature, pour aller au-devant des besoins d’autrui, et pour exciter dans tous les cœurs le feu sacré de la vertu.

Le Rite écossais rectifié, on l’aura compris, s’a­dresse à des francs-maçons croyants et chrétiens – ceci quelle que soit l’Église au sein de laquelle ils professent leur foi.

De nos jours, a écrit Jean Palou, le Rite écossais rectifié est en quelque sorte, non seulement une Maçonnerie chrétienne comme l’était la Maçonnerie opérative, mais appuyé – comme du reste le Rite écossais ancien et accepté – sur les grades symboliques, il débouche sur les Grands Mystères à tra­vers ses grades chevaleresques tout nimbés de la spiritualité ­médiévale.

Au candidat (profane) qui frappe à la porte du temple afin d’y être initié, le Vénérable fait demander (selon le rituel d’Apprenti en vigueur) :

– Quel est son nom de baptême, son nom civil, son âge, le lieu de sa naissance et de son domicile ou résidence, et le nom de baptême de son père ?

– Quelle est sa religion, son état-civil, et ne serait-il point lié par d’autres engagements qui ne lui permettraient pas de contracter l’obligation des maçons, ou qui y seraient incompatibles ?

Au candidat (postulant), le Vénérable dira encore dans le cours de l’initiation :

– Celui qui rougit de la religion, de la vertu, et de ses frères, est indigne de l’estime et de l’amitié des maçons.

Enfin, le candidat (récipiendaire) devra affirmer, dans son engagement d’apprenti : 

Moi, N***, sur ma parole d’honneur, […] je pro­mets sur le saint Évangile, en présence du Grand Archi­tecte de l’Uni­vers, et je m’engage, devant cette respectable assemblée, d’être fidèle à la sainte religion chré­tienne, au chef de l’État, aux lois de l’État ; d’être bienveillant envers tous les hommes, lorsque je pourrai leur être utile… 

Du Rite écossais rectifié, on peut dire qu’il se distingue par une cohérence exceptionnelle dans la pratique de ses rituels, due au fait que ceux-ci ont été conçus et établis par un nom­bre réduit d’individus ayant une vue d’ensemble sur leur projet initiatique. Il a pour principes de base la fidélité à la religion chrétienne (non à une église), l’attachement au respect des règles tra­di­tionnelles de la Franc-Maçonnerie, le perfectionnement spi­rituel de ses mem­bres, une bienfaisance active envers tous les hommes.

Sa finalité étant « la restauration de l’état d’unité primordiale de l’homme avec Dieu ».

• Voir : La Franc-Maçonnerie (Jean Palou, Payot 1977). Les hauts grades chevaleresques de la Stricte Observance Templière (Pierre Girard-Augry, Éditions Dervy, 1995). Le Rite écossais rectifié (Roger Dachez, Jean-Marc Pétillot, Pres­ses Universitaires de France, 2010).

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