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Faut-il dire « chevalier » ou « baronnet » de Ramsay ?

 

On lui attribue plusieurs identités distinctes. Il est Andrew Michael Ramsay, en raison de son origine et de sa naissance en terre écossaise. Il est André Michel Ramsay pour avoir passé la majeure partie de sa vie en France et y avoir fréquenté la plus haute noblesse. Il est le chevalier de Ramsay parce que s’étant vu décerner l’Ordre de Saint-Lazare par le roi de France, et le baronnet Ramsay suite à son anoblissement par Jacques Édouard Stuart, roi d’Angleterre sans couronne ni roy­aume. Pour bon nombre de francs-maçons, enfin, il est l’inventeur des hauts-grades écossais ; ce qui reste bien entendu à prouver... 

Andrew Michael Ramsay est né – vraisemblablement – le 9 janvier 1686 à Ayr, près de Kilwinning en Écosse, d’un père boulanger. Élevé dans une famille de tradition calviniste, il a fait des études en vue d’être pasteur. Mais pour des raisons ou des événements inconnus, il est devenu le précepteur des enfants d’un comte de Wemyss, en Écosse, avant de découvrir la Hollande et de se plonger dans l’ambiance quiétiste du pasteur Pierre Poiret – qui l’adresse à l’archevêque de Cambrai, Mgr François de Salignac de la Mothe-Fénelon (1651-1715).

Pendant quatre années, soit de 1710 à 1714, Ramsay est confident et secrétaire de l’ancien précepteur du duc de Bourgogne (petit-fils de Louis XIV) et auteur (célèbre) des Aventures de Télémaque. A Cambrai, il se convertit même au catholicisme. Il vit ensuite auprès de « Madame » Guyon (Jeanne Marie Bouvier de la Motte), adepte et pro­tagoniste du Quiétisme – cette doctrine mystique qui préconise l’union à Dieu par la quiétude et l’amour. 

En 1716, André Michel Ramsay devient, à Paris, le précepteur du fils du comte de Sassenage, ancien ami de Fénelon et premier gentilhomme de la chambre du Régent. Conservant cette charge pendant sept années, il met celles-ci à profit pour écrire une part importante de son œuvre littéraire, savoir un Discours sur le poème épique (1717), un essai philosophique (1719), l’Histoire de la vie et des ouvrages de Fénelon (1723), ainsi que les préfaces de plusieurs des ouvrages de l’archevêque. Ce qui lui vaut d’être nommé par le Régent, chevalier de l’Ordre de Saint-Lazare de Jérusalem, et de recevoir une pension de 2 000 livres sur les revenus de l’abbaye de Signy.

En 1724, Ramsay quitte Paris pour occuper, à Rome, les fonctions de précepteur auprès du prince de Galles, Charles Édouard. Celles-ci ne dureront que quelques mois, mais lui valent cependant d’être nom­mé baronnet par le roi sans couronne Jacques III. Précepteur, il l’est encore, ceci jusqu’en 1728, en l’hôtel de la rue Saint-Antoine du duc de Sully, gendre de Madame Guyon ; ce qui lui laisse le temps d’écrire ses Voy­ages de Cyrus, une œuvre majeure – largement diffusée et bientôt traduite en anglais. 

Bénéficiaire de l’acte de pardon, émis en 1727, sous le règne du roi George II, Andrew Michael Ramsay retourne en Angleterre en 1727 où, deux ans plus tard, il se voit accorder la qualité de membre de la Société royale, de concert avec Charles Louis Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu ; en 1729 lui est enfin accordée la qualité de franc-maçon. L’initiation de Ramsay est ainsi rapportée dans les colonnes du London Evening Post, daté du 12 mars : 

Lundi dernier, à la Loge du Cor [the Horn Lodge], dans les jardins du Palais de Westminster – dont sa Grâce le duc de Richmond est Maître – était présent un grand nombre de personnes de distinction ; y ont été admis membres de l’ancienne Société des Maçons libres et acceptés, le marquis de Beaumont, le comte Kerr de Wakefield, Sir Francis Henry Drake, […] et le chevalier de Ramsay… 

En 1730, le chevalier de Ramsay est encore fait docteur en droit honoris causa par la faculté d’Oxford. De retour en France il est employé par la famille de Bouillon pour diriger l’éducation du jeune Godefroy Géraud de la Tour d’Auvergne, duc de Château-Thierry, puis de Godefroy Charles Henri de la Tour d’Auvergne, prince de Turenne. Sur un plan maçonnique, il fréquente les loges parisiennes ; il est le premier orateur de la Loge Au Louis d’Argent qui se réunit ainsi dans la rue des Boucheries.  En 1735, il publie une Histoire de M. de Turenne, tandis qu’il épouse la fille d’un baron anglais, de quinze ans sa cadette. 

Vient l’heure de gloire d’André Michel de Ramsay, écrivain et franc-maçon. Le 26 décembre 1736, celui-ci présente son célèbre « Discours », rédigé à l’intention des jeunes initiés de la Loge Au Louis d’argent (?). Un discours qui aurait peut-être été oublié par l’Histoire maçonnique, s’il n’avait été suivi d’un second qui, celui-là, n’a jamais été lu en public, mais maintes fois publié. Dans son premier texte, Ramsay a voulu raconter l’histoire légendaire de la Franc-Maçonnerie et énoncer les devoirs du franc-maçon. Dans le second, il a développé ses propres prin­cipes concernant les buts de l’Ordre maçonnique : « Former des hommes, les unir par la théologie du cœur en une seule nation spirituelle, travailler au progrès des sciences utiles et des arts libéraux. »

André Michel de Ramsay aurait pu présenter son second Discours, en toute tranquillité, en tenue de Grande Loge de Paris, comme il était initialement prévu, le 24 mars 1737. Mais l’idée – qui lui est fortuitement venue – d’obtenir la protection du roi Louis XV lui est malencontreusement contraire. Le 20 mars, en effet, il soumet son texte au cardinal André Hercule de Fleury (1653-1743), son ministre principal, demandant à celui-ci de « soutenir la Société des Free Masons dans les grandes vues qu’ils se proposent ».

« Votre Excellence, affirme-t-il, rendra son nom bien plus glorieux par cette protection que Richelieu ne fit le sien par la fondation de l’Académie française.» 

Point de réponse de la part du cardinal de Fleury, mais une interdiction pour la Grande Loge parisienne de se réunir, et un ordre de fermeture – délivré au lieutenant de police René Hérault – des auberges et des cabarets qui donneraient « à manger pour tenir des assemblées de francs-maçons ».

 La gloire et la notoriété sont souvent éphémères dans la vie des hommes. Ayant produit un discours – en fait deux – qui lui survivra, le chevalier de Ramsay tombe dès lors dans l’anonymat. Et c’est dans un oubli total qu’il mourra en 1743 ; seulement suivi dans la tombe, au cimetière de Saint-Germain-en-Laye, par James Radclyffe, comte de Derwentwater, passé Grand Maître des maçons parisiens, et un jeune maçon écossais, Alexandre Montgomerie, comte d’Eglinton, appelé à devenir lui-même un jour Grand Maître en son pays natal.

• Voir : Les Annales de la Franc-Maçonnerie (Guy Chassagnard, Éditions Alphée - Jean-Paul Bertrand, 2009). 

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