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Qu’appelle-t-on les Grandes Constitutions de 1786, ou de Frédéric II de Prusse?

 

Nous, Frédéric, par la grâce de Dieu, Roi de Prusse, Margrave de Bran­de­bourg, Souverain Grand Protecteur, Grand Com­mandeur, Grand Maî­­tre Universel et Conservateur de la très Ancienne et très Res­pec­table Société des Anciens Francs Maçons ou Architectes Unis, au­tre­ment appelée l’Ordre Royal et Militaire de l’Art Libre de tail­ler la Pierre ou Fran­che Ma­çonne­rie, 

A tous les illustres et bien-aimés frères qui ces présentes verront : Tolérance, Union, Prospérité…


Ainsi commence le texte des Grandes Constitutions de 1786, prétendument signées par Frédéric II, roi de Prusse, le 1er mai 1786, en son palais de Sanssouci, à quelques semaines de sa mort. Ce texte est composé d’une Ordonnance Royale portant sur l’« Art libre de la Franche Maçonnerie » et des trente-huit articles des « Constitutions et Statuts des Grands et Suprêmes Conseils ».

• Conscient des grands désordres qui mettent en péril l’Ordre maçonnique, placé sous sa protection et son commandement, le Roi-Philosophe a décidé « d’as­sembler et de réu­nir en un seul corps de Ma­­çon­nerie tous les Rites du Ré­gime Écos­sais dont les doctrines sont, de l’aveu de tous, à peu près les mê­mes que celles des anciennes Institutions ». Ces Rites étant connus sous les appellations de : Rit Ancien, d’Hé­rédom, de l’O­rient de Kilwinning, de Saint-André, des Em­pereurs d’O­rient et d’Occident, des Princes du Roy­al Se­cret ou de Per­fection, Rit Phi­lo­sophique et de Rit Pri­mi­tif, le plus récent de tous. De par simple décision royale, la Franche Ma­çonnerie embrassera tous les systèmes du Rit Écos­­sais sous le nom de « Rit Écossais Ancien Accepté ». 

On remarquera à ce propos que ce qu’on connaît au XXIe siècle sous le nom de Rite écossais ancien et accepté n’aura été, dans les premières années du XIXe siècle, que Rite ancien, ou Rite ancien et accepté

• Selon les nouvelles Constitutions, tout maçon sera tenu de parcourir successivement chacun des degrés du Rite, avant de parvenir au plus sublime et dernier, savoir celui de « 33e » ou Puissant Grand Ins­pecteur Général de l’Ordre  qui « surveillera, dirigera et gouvernera tous les autres ». 

• Il sera constitué un seul Suprême Conseil du 33e « dans chaque grande nation, royaume ou empire d’Eu­rope » ; tandis que dans les états composant l’A­mérique septentrionale il y aura… deux Con­seils. Soit, une juridiction en France (pour 26 millions d’habitants), en Grande-Bretagne (12 millions), ou en Prusse (5,5 millions), mais deux aux États-Unis (3,3 millions).

• Il n’a jamais été produit de document original des Grandes Constitutions de 1786. Les premières copies sont, à notre connaissance, toutes postérieures à la création du Suprême Conseil du 33e de Charleston (1801) et du Suprême Conseil de France (1804). Elles donnent à penser que les inventeurs du Rite écossais ancien et accepté ont voulu apporter à leur invention une ancienneté et une légitimité inexistantes qui, avec le temps a acquis force de loi. A noter que le texte des Grandes Constitutions ne sera connu, dans son intégralité, que par sa publication, en 1832, par le Suprême Conseil de France. 

Mais laissons, pour le plaisir, Jean Baptiste Pyron (1750-1821) s’exprimer ainsi dans son Abrégé historique de l’organisation des 33e degrés du Rit écossais ancien et accepté, paru en 1814 :

 Frédéric II, Roi de Prusse, Souverain des Souverains du Rit écossais ancien et accepté, et Grand Maître, successeur des Rois d’Écosse et d’Angleterre, prévoyant que ses jours ne seraient pas d’une longue durée, voulut consolider à toujours le Rit écossais ancien et accepté, pour lequel il avait une affection particulière. […] En conséquence, Frédéric II, présidant en personne, le 1er mai 1786, le Suprême Conseil à l’aide duquel il régissait et gouvernait l’Ordre, porta à trente-trois degrés l’hiérarchie des vingt-cinq degrés consacrés par les Grandes Constitutions de 1762.

Voici, brièvement énumérés, quelques arguments destinés à mettre en doute l’authenticité des Grandes Constitutions :

• La plus ancienne version du document a été rédigée en anglais par Frederick Dalcho ; pourquoi en anglais ?

• Aucun document manuscrit ou imprimé datant du XVIIIe siècle n’y fait la moindre référence.

• Le roi de Prusse, Frédéric II, n’a jamais fait mention de sa signature ou manifesté son intention de le signer.

• Il n’a jamais été fait état d’un 33e degré avant 1801.

• Personne n’a jamais révélé l’existence d’un Rite écossais ancien et accepté avant la fin de 1804.

• Voir : Les Années charnières (Pierre Noël, Acta Macionica, 2002). Les Annales de la Franc-Maçonnerie (Guy Chassagnard, Éditions Alphée - J.-P. Bertrand, 200.

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