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Où trouver des Écossais d’Écosse ?


Il faut bien se rendre à l’évidence : si l’Écosse a pu jouer un rôle important dans la préservation de la Maçonnerie opérative de l’épo­que post-médiévale, ou préserver des documents la concernant, elle n’a pris semble-t-il aucune part dans le développement des grades ou des Rites dits « écossais ». Que, selon James Anderson, « les rois d’Écosse aient beau­coup en­couragé l’Art Royal depuis les temps les plus re­culés », ou que, d’après André-Michel, chevalier de Ram­say, les croisés, à leur re­tour de Palestine, « aient créé une étroite alliance avec les Écos­sais », ne modifie en aucune fa­çon la réalité des faits : l’Écos­sisme n’est pas « écossais ». Et pour écarter toute con­testation possible, rap­pelons l’opinion émise par Ro­bert Stra­theam Lind­say, qui fut en son temps Grand Se­crétaire Général du Su­prê­me Conseil d’Écosse :

L’Écosse n’étant pas le berceau ni des grades du rite, ni du rite [écossais ancien et accepté] en tant que système, d’où vient que ce dernier ait été qualifié « d’Écossais » ? La réponse est que vingt-cinq de ses grades ont été empruntés à un type français de Ma­çon­­nerie des « Hauts Grades » beaucoup plus ancien, apparu seu­­­lement en France au milieu du XVIIIe siècle et qui, à sa nais­san­ce, invoqua son antiquité pour justifier ses prétentions, que la Ma­çon­nerie spéculative de Fran­ce, vieille seulement d’une quin­­­zaine d’années, ne pouvait elle-même justifier. 

Consé­quem­­ment, il fut prétendu que ces hauts-grades étaient par­venus en France par l’Écosse, ce pourquoi ils furent dénom­més familièrement « écos­sais ». Les huit au­tres grades du rite, qui lui ont été incorporés dans l’hémisphère occidental, furent tirés de sources variées, toutes fa­milières en cette région, et comme ceux qui élaborèrent le rite les jugeaient convenables pour y figurer à côté des vingt-cinq grades écossais français, sans nuire à la ligne gé­nérale de l’ensemble, ce dernier fut étiqueté pour indiquer le type de sa Maçon­ne­rie.

L’opinion de Paul Naudon n’était guère différente, lors­que celui-ci écrivait :

En l’état actuel des études et malgré tous les documents produits, le mystère [de l’Écossisme] est loin d’être éclairci. 

Le point sur lequel la plupart des auteurs sont d’accord au­jourd’hui est de ne plus rechercher en Écosse même les centres d’éclosion et de développement de l’Écossisme, en tant que systèmes de hauts grades. 

Les sources directes de ces courants ont été déterminés du moins dans leurs grandes lignes, en France d’abord, en Alle­ma­gne et en Amérique ensuite. Mais « quid » du germe, de l’impul­sion originelle.


Rite écossais ancien et accepté, 

Rite écossais rectifié, 

Grand Écossais de Saint-André d’Écosse,

Écossais Trinitaire ou Prince de Mercy,

Sublime Écossais de la Jérusalem Céleste,

Grand Élu de la Voûte Sacrée de Jacques VI d’Écosse,

Maître Écossais de Saint-André,

Maître Écossais…

Maître Écossais, nous voilà parvenu à la source de l’Écos­sisme, à l’origine de la terminologie. Avant le Maî­tre Écossais, l’Écosse n’était rien ; avec lui elle devint terre maçonni­que, symbole de grades supérieurs et sublimes, clef ésotéri­que de multiples mystères transmis de bouche à oreille de­puis plus de deux siècles. 

Vivent donc l’Écossisme et les Écossais !


• Voir : Le Rite écossais pour l’Écosse (Robert S. Lindsay, 1961). Histoire, Rituels et Tuileur des Hauts-Grades maçonniques (Paul Naudon, Dervy, 1993). Aux Sources du Rite écossais ancien et accepté (Guy Chassagnard, Éditions Alphée - J.P. Bertrand, 2008).

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