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Qui était Louis-Philippe d'Orléans, le régicide ?


Dans un temps où, assurément personne ne prévoyait notre révolution, je m’étais attaché à la Fran­che Maçonnerie qui offrait une sorte d’image de l’éga­lité, comme je m’étais attaché aux parlements qui m’offraient une sorte d’image de la liberté ; j’ai depuis quitté le fantôme pour la réalité. […] Comme je ne connais pas la manière dont le Grand Orient est composé, et que, d’ailleurs, je pense qu’il ne doit y avoir aucun mystère ni aucune assemblée secrète dans une République, surtout au commencement de son établissement, je ne veux me mêler en rien du Grand-Orient ni des assemblées de francs-maçons.

Venant d’un témoin des événements de la Révolution française, ces propos pourraient paraître ceux d’un notable repenti, en mal de reconnaissance républicaine. Que nenni ! Ils ont été écrits par un prince du sang qui fut pendant quelque vingt années grand maître de l’Ordre maçonnique français, savoir le Grand Orient de France.  Nous voulons parler ici de Louis-Philippe-Joseph d’Orléans (1747-1793), arrière petit-fils du Régent et donc cousin de Louis XVI, qu’il venait quelques mois plus tôt de condamner à mort... Car si le duc d’Orléans fut franc-maçon, il fut aussi régicide ; souvenons-nous de son nom républicain, qui ne le préserva d’ailleurs pas d’avoir à monter lui-même à l’échafaud : Citoyen Philippe Égalité.

Annoncée officiellement le 24 février 1793 par le Journal de Paris, la démission du grand maître provoqua une dernière assemblée du Grand Orient de France – avant un sommeil de plusieurs années – au cours de laquelle son glaive fut solennellement brisé par le président de séance. Le duc d’Orléans avait été élu grand maître de la Grande Loge de France en juin 1771, alors qu’il n’était que duc de Chartres et de Montpensier, suite au décès du comte de Clermont ; mais, interdit de cour, il n’avait été installé dans ses fonctions qu’en octobre 1773 à l’occasion de la naissance officielle du Grand Orient de France. Il avait alors désigné Anne Charles Sigismond de Montmorency-Lu­xembourg (1737-1803), duc de Châtillon et de Piney-Luxembourg, comme administrateur général.

La grande maîtrise du duc de Chartres (duc d’Orléans à la mort de son père, en 1785) devait être marquée par un développement important et rapide de la Franc-Maçonnerie en France, mais aussi par des querelles incessantes entre deux ordres rivaux, le Grand Orient de France, administrativement structuré, établi sur tout l’étendue du royaume, et une Grande Loge de France maintenue, principalement installée à Paris et composée pour partie de vénérables maîtres possédant à vie leur charge.

A noter que le duc de Chartres ou d’Orléans s’intéressa plus, sa vie durant, à la marine dont il fut un temps lieutenant général, et aux affaires politiques, en opposant déclaré au régime, qu’à la Franc-Maçonnerie et aux francs-maçons. A noter encore que tout comme ses pré­décesseurs, le duc d’Antin et le comte de Clermont, il avait pour ancêtre Madame de Montespan. Jugement porté par l’adjudant-général Montjoie, aide-de-camp du général Dumouriez sur le citoyen Philippe Égalité, alias duc d’Orléans : 

Il avait de la timidité dans le caractère, l’esprit paresseux, l’âme indolente, nul goût pour le mouvement, une forte aversion pour tout rôle qui eût pu fixer sur lui les yeux de la cour et du public. Il tournait fort proprement, aimait la bonne chère, la société des femmes, et ces jeux tranquilles qui fixent pendant plusieurs heures auprès d’une table. Il préférait au plaisir de la chasse, et en général aux exercices violents, les occupations paisibles qui ne contrariaient point son amour pour le repos.

• Voir : Les Annales de la Franc-Maçonnerie - Années 1771 à 1793 (Guy Chassagnard, Éditions Alphée - Jean-Paul Bertrand, 2009).

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