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Comment ont été créés les premiers grades maçonniques ?


Depuis les temps les plus immémoriaux, le « mondeo» s’est trouvé naturellement divisé en trois classes distinctes : ceux qui apprennent le métier (les apprentis), ceux qui le pratiquent (les compagnons), ceux qui le dirigent et l’enseignent (les maîtres). Ainsi en a-t-il été pour ce qui concerne la maçonnerie opérative, jadis qualifiée par les maçons de métier. Nous ne prendrons pas pour exemple la Bible, relatant la construction du temple de Jérusalem (II Chroniques 2:17) avec 150 000 porteurs de fardeaux ou tailleurs de pierre, 3 600 surveillants et un seul maître, en la personne de Salomon. Mais nous porterons notre regard sur les premiers textes maçonniques et Anciens Devoirs dont nous disposons. Certes, les Statuts de Bologne (1248) ou les Règlements des maçons de Londres (1356) sont peu explicites parce que ne traitant que des rapports du maître et de l’apprenti ; mais le manuscrit Regius (1390) répond pleinement à notre attente.

Le Maître, nous indique le texte, est le maçon le plus avancé dans la pratique du Métier. Il doit être capable de mener tout ouvrage à son terme.  Il doit être digne de con­fiance, à la fois constant, loyal et sincère ; il doit payer à ses aides, sans tricher, ce que chacun d’eux a mérité ; il n’exige jamais plus que le travail qu’ils peuvent accomplir pour le prix de leur salaire ; il n’épargne personne par favoritisme, ni ne se laisse corrompre d’une façon ou d’une autre. Les aides, dont il s’agit, ne doivent jamais se traiter entre eux en serviteurs, n’étant en aucune façon supérieurs aux autres ; par amitié et dans la pratique du Métier ils s’appellent Compagnons. 

Le Maître ne doit prendre d’Apprenti que s’il est sûr de pouvoir le garder sept ans avec lui, temps nécessaire pour lui apprendre son métier. L’Apprenti ne saurait être un serf, car son seigneur pourrait s’en saisir ; il doit être de naissance légitime ; le maître ne doit, en aucun cas, recruter un apprenti difforme,  mais doté de tous ses membres – un homme bancal ou boiteux nuirait au maître et à sa réputation... La consultation des textes existants permet de cons­tater que les responsabilités, devoirs et fonctions du maître, du compagnon et de l’apprenti demeurent constants au fil des générations et des siècles. Tant et si bien que lorsque le révérend James Anderson rédigera ses Constitutions, il écrira :

Tous les Maçons doivent travailler consciencieusement les jours ouvrables, afin de pouvoir vivre décemment les jours fériés. […]  Le Compagnon le plus expert sera choisi ou désigné comme Maître, ou Inspecteur des ouvrages du Seigneur ; ceux qui travailleront sous ses ordres l’appelleront Maître. Les gens du Métier devront éviter toute parole incon­grue et s’appeler entre eux non pas de noms déso­bligeants, mais « Frère » ou « Compagnon » ; et ils se conduiront avec courtoisie, soit en Loge, soit hors de la Loge. 

Selon Anderson, « un Maître ne prendra un Apprenti que s’il a de quoi l’employer, et ce sera un garçon accompli, sans mutilation ni tare physique qui le rendrait inapte à l’apprentissage du Métier, […] inap­te aussi à devenir un Frère, puis, en son temps, un Compagnon, même après avoir servi le nombre d’an­nées requis par la coutume du pays ». 

Au moment où la Maçonnerie n’est plus que spéculative, la Grande Loge qui vient d’être instituée à Londres ne comprend que deux classes d’œuvriers, celle des apprentis et celle des compagnons, toutes deux placées sous la responsabilité d’un Maître de Loge. Mais dans certaines Loges a déjà paru une nouvelle classe, celle des maîtres, supérieure aux deux autres, également dépendante du Maître de Loge.


Reportons-nous, pour le constater, au manuscrit dit d’Édimbourg, daté de 1696, et probablement issu de la Loge ancienne de Kilwinning. On y lit :


Question. - Où avez-vous été admis ?

Réponse. - Dans une honorable Loge.


Q. - Qu’est-ce qui fait une Loge juste et parfaite ?

R. - Sept Maîtres, cinq Apprentis entrés, à un jour de marche d’un bourg, là où on n’entend ni un chien aboyer, ni un coq chanter. 


Q. - Un nombre plus petit ne peut-il rendre une Loge juste et parfaite ?

R. - Oui, cinq Maçons et trois Apprentis entrés.


A la question de savoir ce qu’est une Loge juste et parfaite, le manuscrit irlandais du Trinity College (1711) apporte la réponse :

R.- Trois Maîtres, trois Compagnons du Métier [Fellow Craft] et trois Apprentis entrés [Entered Apprentices].


Lorsque Samuel Prichard publie sa Maçonnerie Disséquée en 1730, la cause est entendue. Cohabitent alors fraternellement au sein de la Loge des apprentis, des compagnons et des maîtres ; tous placés sous l’autorité du Maître de Loge.


Question. - Êtes-vous Maître Maçon ? 

Réponse. - Je le suis ; vérifiez le, éprouvez-moi, ou faites la preuve du contraire si vous le pouvez.


Q. - Où avez-vous été reçu Maître ?

R. - Dans une Loge parfaite de Maîtres.


Q. - Comment avez-vous été fait Maîtreo?

R. - En passant de l’équerre au compas.

Depuis rien n’a changé dans la répartition du travail maçonnique, entre Maîtres, Compagnons et Apprentis ; si ce n’est que la cordonnite et les ambitions humaines ont entraîné la création de grades dits supérieurs ou hauts grades : 5 au Rite français, 30 au Rite écossais ancien et accepté, 96… au Rite de Memphis-Misraïm.

• Pour en savoir plus, se reporter aux Anciens Devoirs, de Guy Chassagnard (Éditions Pascal Galodé, 2014), comportant la traduction intégrale des textes cités.

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