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Qu'appelle-t-on Grand Architecte de l'Univers (GADLU) 


Pour répondre à cette Question, nous avons recherché dans nos archives, dans les livres que nous avons lus ou que nous avons écrits. Et nous avons trouvé que cette appellation remonte au début du XVIIIe siècle ; avec sa première mention, à notre connaissan­ce, dans le manuscrit anglais dit Dumfries n°4 datant de 1710. On lit, en effet, dans la partie historique de ce texte, appartenant de nos jours à une vieille loge écossaise d’origine opérative, qu’Edwin, prince royal, déclara jadis aux maçons (opératifs) réunis à York que « s’ils désiraient être favorisés par Dieu et bénis dans leurs actions, ils ne devraient plus être tentés ou attirés par les idoles, mais honorer et adorer sincèrement le Grand Architecte du Ciel et de la Terre, fontaine et source de tout ce qui est bien ».

Quelques années plus tard (en 1723), James Anderson commençait ainsi l’histoire de la Maçonnerie, dans son fameux Livre des Constitutions : 

Adam, notre premier parent, créé à l’image de Dieu, le Grand Architecte de l’Univers, dut avoir les Sciences libérales, particulièrement la Géométrie, écrites sur son cœur ; car même depuis la Chu­te, nous en trouvons les principes dans le cœur de ses descendants, lesquels principes ont été, dans le cours du temps, rassemblés en une méthode pratique de propositions empruntées à la Mécanique. 

 Samuel Prichard n’a pas été en reste quant à lui, en 1730, en posant la question de la Lettre G :


Question. - Que signifie cette Lettre G ?

Réponse. - Le nom de quelqu’un qui est plus grand que vous.


Q. - Qui est plus grand que moi, qui suis un Maçon libre et accepté, le Maître d’une Loge ?

R. - Le Grand Architecte et Créateur de l’Univers, ou celui qui fut élevé jusqu’au pinacle du Temple sacré.


A noter ici, l’amalgame du Père et du Fils... 

Depuis trois siècles donc, on connaît en Franc-Maçonnerie le nom de Grand Architecte de l’Uni­vers, appelé par certains Grand Architecte des Mondes, Gouverneur de l’Univers ou encore Grand Géo­mètre. Mais, de qui s’agit-il, car le Grand Architecte n’est pas le même selon la spiritualité de ceux qui prononcent son nom ?

Certes, le Grand Architecte est à l’origine Dieu ; cela ne fait aucun doute. Celui qui a créé le ciel et la terre et insufflé la vie à l’homme. Mais avec le temps, et sur­tout sur la terre de France, il a changé de personnalité. Il faut se souvenir que si tout au long du XVIIIe siècle, on a pu être à la fois membre de l’Église catholique et franc-maçon, ceci en raison de la non-validation des bulles papales de Clément XII et de Benoît XIV, il en a été différemment au siècle suivant, suite au Concordat de 1801, affermissant l’autorité spirituelle du pape. Ainsi les loges se sont-elles peu à peu vidées de leurs membres croyants pour s’emplir de membres agnostiques, athées et républicains. D’où, en 1877, la décision prise par le Grand Orient de Fran­ce de ne plus faire référence au Grand Architecte de l’Univers ; du moins dans sa forme sacrée.

L’Être suprême de la Bible, en descendant parmi les francs-maçons, est devenu Principe. Ainsi se prononce le Convent universel de Lausanne du Rite écossais ancien et accepté (1875) : 

La Franc-Maçonnerie proclame, com­me elle a proclamé dès son origine, l’existence d’un principe créateur, sous le nom de Grand Architecte de l’Univers. […] Elle est donc ouverte aux hommes de toute nationalité, de toute race, de toute croyance. 

Dieu révélé pour les uns, le Grand Architecte de l’Univers peut donc être un principe créateur, une règle universelle, l’Univers lui-même ou un simple symbole pour les autres. A noter que nulle grande loge ne peut entre­tenir de relations « fraternelles » avec la Grande Loge Unie d’Angleterre, si elle n’accepte les règles édictées par celle-ci selon lesquelles « les francs-maçons doivent croire en un Être suprême, […] et prendre leurs obligations sur le Volume de la Loi sacrée ».

Rappelons, pour terminer, que la notion de Grand Architecte n’est pas que maçonnique. Il suffit, pour s’en convaincre, d’ouvrir la Bible au Livre des Hébreux (11:10), pour y constater que : « Dieu est Architecte et Constructeur. »

• Voir : Le Manifeste du Convent de Lausanne (1875). Les Anciens Devoirs (Guy Chassagnard, Pascal Galodé, 2014). 

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