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Les marronniers sont-ils de nature 

          à porter ombrage aux Francs-Maçons ?


On ne saurait l’affirmer, le croire ou le penser. Il n’en demeure pas moins qu’ils n’ont pas pour but majeur d’être favorables aux Francs-Maçons ou à la Franc-Maçonnerie. Leur seule raison d’être étant de faire vendre du papier de presse, autant de papier qu’il est possible... Mais avant que de parler du rôle des marronniers, tentons de définir en quelques mots ce qu’ils sont. Leur origine ne peut être trouvée dans les dictionnaires. Tant pour l’Académie française que pour Messieurs Littré ou Larousse, le marronnier n’a jamais été qu’une variété de châtaignier cultivé, dotée il est vrai d’une longévité exceptionnelle. 

L’histoire de France nous rapporte, toutefois, qu’un marronnier fut planté sur la tombe des gardes suisses, massacrés aux Tuileries lors de la journée insurrectionnelle du 10 août 1792 ; et dont la floraison annuelle fut longtemps marquée par la publication d’articles de presse. Ce qui revient, tout naturellement, à dire que le Marronnier est, en matière d’information collective, un article de circonstance publié traditionnellement à une date déterminée sur un sujet récurrent ; ou bien encore susceptible de combler le vide créé, dans les co­lonnes d’un journal ou d’un magazine, par un manque subit d’informations politiques, sociales ou sportives.

Sont ainsi à ranger parmi les marronniers les plus réguliers, outre les crêpes de la chandeleur ou la rentrée des classes : les soldes d’hiver, l’heure d’été, les régimes minceur, les départs en vacances, l’arrivée du Beaujolais nouveau, les marchés de Noël... sans oublier, bien entendu, les faits et gestes des Francs-Maçons. Sachant que la Franc-Maçonnerie est une société discrète, souvent critiquée, dénigrée et vilipendée dans le monde profane, celle-ci présente toutes les « qualités » requises pour être traitée, par la presse écrite, en marronnier privilégié. 

Il ne se passe donc guère de saison sans qu’elle ne fasse ici où là l’objet d’une étude circonstanciée – généralement critique. Les élections présidentielles de 2012, événement politique exceptionnel de ces dernières années, ont, c’est tout naturel, favorisé les floraisons ; d’où ces (quel­ques) titres relevés par nos soins :


Présidentielles - Les Francs-Maçons en campagne

(Le Nouvel Observateur, 18 août 2011).

Élysée 2012 - Comment « ils » manipulent les candidats

(L’Express, 4 janvier 2012).

Franc-Maçons - Les Infiltrés     (Le Point, 26 janvier 2012).

Le nouveau pouvoir des Francs-Maçons

(Le Figaro Magazine, 7 décembre 2012).

Ces Francs-Maçons qui nous gouvernent

(Le Nouvel Observateur, 3 janvier 2013).

Hollande et ses Francs-Maçons     (Le Point, 3 janvier 2013).


Qu’ont appris les lecteurs des marronniers présidentiels ? Pas grand chose, en vérité... Sinon que :

• Mitterrand les égratignait mais néanmoins s’en entourait. Chirac trouvait les mots pour leur plaire. Depuis, on sait que si les maçons ne font pas une élection, il est prudent de ne pas les heurter.

• Les frères trois points conservent un tel poids que les temples maçonniques font désormais partie du parcours des prétendants à la présidence de la République.

• Ils – les francs-maçons – sont partout : dans les ministères aussi bien qu’à leur tête, à la chambre des députés, au sénat ; dans les préfectures, les conseils généraux et les moindres mairies. La solidarité et le secret maçonniques confortent leur influence.

• De la défense de la laïcité au mariage gay et au vote des immigrés, les francs-maçons sont de toutes les réformes sociales. Il n’est pas de progrès dit social ou progressiste qui soit de nature à leur échapper.


Si la Franc-Maçonnerie, par son histoire et ses activités « secrètes », permet la floraison de tant de marronniers journalistiques, c’est qu’elle constitue, depuis sa création ou plutôt son évolution spéculative du XVIIIe siècle, un authentique Serpent de mer. C’est-à-dire, à l’image de ces monstres aquatiques mythiques, aux dimensions démesurées, qui passionnent les foules depuis la plus haute antiquité, un sujet de réflexion et de conversation dont nul profane ne saurait se passer. Moins on con­naît la Franc-Maçonnerie, et plus on a envie d’en parler ; c’est bien normal, après tout... Il est fort peu de gens, dans ce bas monde, pour ne traiter que des seuls sujets qu’ils maîtrisent.

Les marronniers sont-ils donc, en fin de compte, de nature, à porter ombrage aux Francs-Maçons ? Ces derniers se passeraient bien d’avoir, à tout moment, à relever toutes les erreurs parues les concernant. Mais, à n’en point douter, ils trouvent dans la pratique de l’Art royal suffisamment de détermination et d’optimisme pour oublier toutes les critiques et absurdités émises à leur encontre ; convaincus qu’ils sont que, comme l’écrivait en 1737 le frère Ricault :

Pour le public, un Franc-Maçon

sera toujours un vrai problème

qu’il ne saurait résoudre à fond

qu’en devenant maçon lui-même.

Depuis que l’espèce humaine se trouve être divisée entre Francs-Maçons et Profanes, il existe des hommes – et des femmes – pour reprocher aux autres d’être ce qu’ils sont. Il n’y a aucune raison pour que les comportements, et les façons d’agir, changent ; autant s’en accommoder et continuer à maçonner en paix, dans le respect de la loi, de la bienséance et de la tradition.

• Pour en savoir plus sur le sujet, attendre que fleurissent de nouveaux marronniers sur les présentoirs des marchands de journaux.

© Guy Chassagnard - Tous droits réservés - guy@chassagnard.net

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