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Qui étaient le duc d'Antin et le comte de Clermont ?


Le premier était, né en 1707, Louis de Pardaillan de Gondrin ; son arrière-grand père avait pour titre marquis de Montespan, son arrière-grand-mère était connue sous le nom de « Madame de Montespan ». Le second, né en 1709, avait Madame de Montespan pour grand-mère et le roi Louis XIV pour grand-père. Tous deux, proches du roi, eurent l’insigne honneur de présider à la destinée du premier ordre maçonnique français, savoir la Grande Loge de France.


Louis de Pardaillan de Gondrin (1707-1743) fut gouverneur de l’Orléanais à 14 ans, duc d’Antin à 15, colonel à 20 ans. Il avait 31 ans lorsqu’il fut élu lors d’une assemblée (supposée) tenue au château d’Aubigny Grand Maître général et perpétuel des Maçons dans le roy­aume de France. On retiendra qu’il ne manifesta jamais aucun intérêt pour la Franc-Maçonnerie, et que le seul discours qu’il est supposé avoir prononcé à son propos, en 1740, ressemble étrangement au célèbre « discours » (de 1737) du chevalier Andrew-Michael de Ramsay.

Le duc d’Antin était grand maître des francs-maçons français lorsque fut publiée la seconde édition des Cons­titutions de James Anderson, dans laquelle on peut lireo: « La Loge ancienne de la ville d’York, et les Loges d’Écosse, d’Irlande, de France et d’Italie ont leur propre Grand Maître, et possèdent leurs Cons­ti­tutions, Devoirs, Règlements, à l’instar de leurs frè­res d’Angleterre. » Ce qui a pu laisser à penser à cer­tains auteurs maçonniques qu’il avait existé une Loge provinciale anglaise à Paris.


Louis de Bourbon-Condé (1709-1771), comte de Clermont en Argonne, entra très jeune dans les ordres ; il était le neuvième enfant de Mademoiselle de Nantes, fille légitimée de Louis XIV. Ce qui lui valut d’être nommé abbé commendataire de l’abbaye de Chaalis, dont il provoqua la ruine par des actions dispendieuses, puis de celle de Saint-Germain-des-Prés. Il fut également membre de l’A­ca­­démie française et Grand Maître de toutes les loges régulières de France – et ce jusqu’à sa mort, survenue en 1771.

L’entrée du comte de Clermont – c’est sous ce nom qu’on se souvient de Louis de Bourbon-Condé – à l’Académie française mérite qu’on lui consacre quel­ques lignes, car elle illustre parfaitement sa personnalité et son droit aux honneurs : depuis son origine, en 1635, l’Académie française impose aux postulants qu’ils fassent une demande préalable d’appartenance ; le comte de Clermont substitua à la règle en usage un remerciement pour y avoir été invité… alors qu’aucun vote le concernant n’avait eu lieu dans la noble assemblée. Compte tenu de son rang de prince du sang, il ne resta aux membres de l’Académie française qu’à l’introniser, à contre cœur, on s’en doute. Lors de sa réception officielle, il exigea (mais en vain) de ses nouveaux confrères qu’on lui donnât du « Monseigneur » ; n’ayant pu prendre la parole comme il le désirait, il décida alors de ne pas prononcer son discours de réception. On dit qu’il n’en participa pas moins, par la suite, aux réunions ordinaires de l’Académie.

A noter que sur autorisation papale, le comte de Cler­mont fut un temps maréchal de camp, ainsi que gouverneur et lieutenant général des provinces de Cham­pa­gne et Brie. Originellement voué au célibat, mais de nature quelque peu libertine, il fréquenta, dans la plus grande discrétion, plusieurs danseuses de l’Opérao; ce qui lui valut de devenir père à deux repri­ses. Franc-maçon, le comte de Clermont ne devait faire à la tête de l’ordre maçonnique que de la figuration, déléguant volontiers ses pouvoirs de grand maître à des substitutso; se succédèrent ainsi le banquier Christophe-Jean Baur, le maître à danser Jacques-Antoine Lacorne, et le magistrat Chail­lon de Jonville. 

Les dernières années de la grande maîtrise de Louis de Bourbon-Condé, alias comte de Clermont, furent marquées par des dissiden­ces, des exclusions, des opérations de police, enfin par une mise en sommeil de la Grande Loge de France sur ordre du roi. Il devait en résulter au lendemain de sa mort, une réorganisation complète de la Franc-Maçonnerie française et la naissance (en 1773) du Grand Orient de France.

Opinion, toute personnelle, de Sainte-Beuve sur le personnage : 

Ce rejeton d’une grande race avait de vagues instincts, de bons commencements, mais rien de complet. Le caractère lui a manqué : il est resté en deçà de tout. Il fut un mélange peu relevé d’homme d’église, d’homme de guerre, d’homme de plaisir, et finalement de dévot ; au demeurant fort bon homme, mais un Con­dé dégé­néré.

• Voir : Le Petit Dictionnaire de la Franc-Maçonnerie (Guy Chassagnard, Éditions Alphée - Jean-Paul Bertrand, 2005), Les Annales de la Franc-Maçonnerie (Guy Chassagnard, Éditions Alphée, 2009).

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