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Pourquoi les Mopses aboyaient-ils ?


L’ouvrage parut à Amsterdam (pour éviter, prétendument, toute censure) en 1745, sous le titre choisi de : L’Ordre des Francs-Maçons trahi, et le Secret des Mopses révélé. Son auteur, identifié plus tard, après plusieurs rééditions, était le prieur de la Sorbonne, connu sous le nom d’abbé Gabriel-Louis Pérau (1700-1767). Il s’agissait d’une divulgation ma­çonnique ainsi que de la présentation d’un ordre paramaçonnique nouveau pratiquant le symbolisme du chien doguin (mops en allemand).

En 1737 avait eu lieu en Europe la diffusion de la bulle de Clément XII condamnant les pratiques des  Liberi Muratori (francs-maçons), « qui se lient entre eux par un pacte aussi étroit qu’impénétrable », et menaçant ceux-ci d’excommunication. D’où l’idée de fonder des ordres nouveaux susceptibles d’être admis par les autorités religieuses.

Ainsi vit le jour, en Allemagne, l’Ordre des Mop­ses dont l’accès n’était ouvert qu’aux seuls catholiques romains, qu’ils fussent hommes ou du Sexe enchanteur, et qui n’imposait aucun serment ou secret particulier – seulement des promesses. Tout dans l’activité de la nou­velle institution – imposant la mixité – rappelait l’ordre maçonnique, mais avec des nuan­ces émanant plus de la fantaisie que de l’ésotérisme. 

Dans l’initiation, le postulant (ou postulante, s’il s’agissait d’une femme), était introduit dans la loge, tenu en laisse, un collier au cou ; pour pouvoir pénétrer, il lui fallait comme les chiens gratter à la porte et pousser des hurlements. Après les voyages rituéliques, le récipiendaire était soumis à l’épreuve du fer rouge et au baiser du cul. D’où ces propos imagés du grand maître et du premier surveillant :

Demande. - Que signifie ce bruit que je viens d’entendre ?

Réponse. - C’est qu’il est entré ici un chien qui n’est pas mopse et que les mopses veulent mordre.


D. - Demandez-lui ce qu’il veut ?

R. - Il veut devenir mopse.


D. - Comment se peut faire cette métamorphose ?

R. - En se joignant à nous.


D. - Demandez-lui s’il a peur du diable ?

R. - Il répond oui ou non, cela ne fait rien à l’affaire.


D. - Voyez s’il a ce qu’il faut avoir pour être mopse ?


Le surveillant dit au récipiendaire de tirer la langue autant que possible. S’il s’y refuse, il n’est point reçu. S’il obéit, on la prend avec les doigts, on l’exa­mine, comme s’il s’agissait de languyer un cochon (pour voir s’il est ladre) ; il est même question de le marquer d’un fer chaud, pour effrayer le patient.

D. - Demandez-lui s’il veut baiser le cul du mopse ou celui du Grand Maître ?

Alors il s’élevait une altercation dont s’amusait fort l’assemblée. Mais, de gré ou de force, on appliquait le derrière du doguin, fait en cire ou en étoffe, sur la bouche du récipiendaire. Puis, il prêtait son obligation de ne point révéler le secret des mopses, la main droite sur une épée, si c’était un homme, ou sur une toilette, si c’était une femme...

Plusieurs années durant les mopses séduisirent, par leurs simulacres maçonniques, tant en Autriche, qu’en Allemagne et dans divers autres pays d’Europe, les hommes et les femmes de la meilleure société, dont le but majeur n’était que de s’amuser et de banqueter ; puis l’ordre tomba dans l’oubli ; laissant la créativité et l’ingéniosité humaines instaurer de nouvelles frivolités : Ordre des Che­valiers Rameurs et Da­mes Rameuses, des Amazones, de la Liberté, des Fen­deurs et des Fendeuses, sans oublier l’Ordre de la Cognée...

A noter que l’Ordre des Mopses n’avait qu’un seul degré ; que tous les postes d’officiers étaient pourvus par un homme et par une femme ; que le signe de reconnaissance consistait à appuyer fortement le majeur de la main droite sur le nez, l’index et l’annulaire étant placés aux extrémités de la bouche, le pouce sous le menton, et le bout de la langue apparent...

• Pour en savoir plus, se reporter à l’ouvrage de Gabriel-Louis Pérau, maintes fois réédité.

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