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Sait-on qui était Samuel Prichard ?


Certains auteurs écrivent son nom : Prichard ; d’autres : Pritchard. Mais qu’importe l’orthographe employée, il y a une évidence, une vérité « vraie », à admettre : nul ne sait rien de ce personnage anglais, peut-être londonien. Pour preuve, il suffit d’entrer son identité dans le monde numérique d’internet. On apprendra tout au plus que Samuel Prichard aurait été, en 1728, membre de la Loge A la Tête d’Henry VIII (Henry VIII’s Head) et visiteur de la Loge Le Cygne et la Coupe (Swan and Rummer) – d’après le nom des auberges abritant leurs travaux. Sur la page du seul ouvrage qu’il ait jamais écrit : La Maçonnerie disséquée - Relation universelle et authentique de toutes ses branches, des origines jusqu’au temps présent, l’auteur se présente simplement comme « ancien membre d’une Loge établie ».

Ce qui indique qu’en octobre 1730, à la parution première de ses divulgations – trois éditions de l’œuvre sont publiées en quelques jours – Samuel Prichard n’est plus franc-maçon ; et explique la présence, dans ses dernières pages, d’une « Défense de l’auteur contre la partie de l’Humanité qui se sent blessée » – ayant pour but majeur d’« empêcher un grand nombre de gens crédules d’être attirés dans une société aussi funeste ».

Bref, on ne sait rien de nos jours de Samuel Prichard ; ce qui n’enlève rien à la valeur de son ouvrage. Faute de connaître les premiers rituels et les premiers catéchismes de la jeune Grande Loge de Londres, fondée en 1717, il faut s’en remettre à lui pour savoir sur quelles bases symboliques et ésotériques s’est établie la Franc-Maçonnerie moderne. Sachant, si l’on examine les documents maçonniques d’époque, que l’auteur de la Maçonnerie disséquée – que certains historiens préfèrent titrer : Maçonnerie divulguée, ou Maçonnerie expliquée – n’a pas cherché à induire son lecteur en erreur par de fausses révélations. Avec, cependant une innovation notable : il porte sur trois grades maçonniques distincts et non seulement sur ceux d’Apprenti et de Compagnon.

On lit dans les premières pages une évocation succincte de l’histoire du monde, rappelant que l’Art de la Maçonnerie a été enseigné à Char­les Martel par Mannon Graecus, avant d’être apporté en Angleterre à l’époque du roi Athelstan ; et arrêtant l’établissement de la Maçonnerie libre et acceptée à l’année 1691, lors de l’apparition de loges régulières constituées comprenant « des seigneurs, des ducs, des avocats, des commerçants et d’autres gens de métiers de rang inférieur ». Suit pour chacun des grades précités, un Catéchisme fait de questions et de réponses. Ainsi peut-on lire pour le grade d’Apprenti :

Question. - D’où venez-vous ?

Réponse. - De la sainte Loge de saint Jean.


Q. - Que venez-vous faire ici ?

R. - Je ne viens pas faire ma propre volonté, mais soumettre mes passions, mettre en pratique les règles de la Maçonnerie, et ce faisant progresser de jour en jour.


Q. - Êtes-vous Maçon ?

R. - Mes Frères et mes Compagnons m’ont accepté comme tel.


Q. - Comment saurai-je que vous êtes Maçon ?

R. - Par les signes, attouchements et points parfaits de mon entrée.


Q. - Quel sont les signes ?

R. - Équerres, angles et perpendiculaires.


Q. - Quels sont les attouchements ?

R. - Certaines griffes régulières et fraternelles.


Q. - Donnez-moi les points de votre entrée.

R. - Donnez-moi le premier et je vous donnerai le second.


Q. - Je le cèle.

R. - Je le cache.


Q. - Que cachez-vous ?

R. - Tous les secrets et mystères des Maçons et de la Maçonnerie, sauf à un frère véritable et régulier après un examen rigoureux, ou à une Loge juste et respectable [composée] de Frères et de Compagnons régulièrement assemblés.


Q. - Où avez-vous été reçu Maçon ?

R. - Dans une Loge juste et parfaite.


Q. - Qu’est-ce qui rend une Loge juste et parfaite ?

R. - Sept [Frères] ou davantage.


Q. - Qui sont-ils ?

R. - Un Maître, deux Surveillants, deux Compagnons du Métier et deux Apprentis entrés.


Q. - Qu’est-ce qui forme une Loge ?

R. - Cinq [Frères].


Q. - Qui sont-ils ?

R. - Un Maître, deux Surveillants, un Compagnon du Métier, un Apprenti entré.


Q. - Qui vous a amené dans la Loge ?

R. - Un Apprenti entré.


Q. - Comment vous a-t-il amené ?

R. - Ni nu ni vêtu, ni pied nu ni chaussé, dépourvu de tous métaux et dans une posture adéquate.


Q. - Comment avez-vous été admis ?

R. - Par trois grands coups.


Q. - Comment vous a-t-il [le Maître] reçu Maçon ?

R. - Avec mon genou dénudé, fléchi, le corps en équerre, le compas ouvert sur le sein gauche dénudé, la main droite nue sur la sainte Bible ; ainsi j’ai pris l’obligation du Maçon.


A retenir des propos de Samuel Prichard :

• Que l’on est reçu franc-maçon dans une loge juste et parfaite.

• Que la Loge est un carré long, orienté d’est en ouest, comme toutes les églises.

• Que trois grands piliers la soutiennent ayant pour noms : Sagesse, Force et Beauté.

• Que parmi les meubles de la Loge, on trouve : la Bible, le compas et l’équerre.

• Que le Maître siège à l’orient et les Surveillants à l’occident.

• Que le Maçon pourrait avoir la gorge tranchée, la langue et le cœur arraché s’il osait révéler les secrets des Maçons et de la Maçonnerie.

• Que les Mots de Maçon sont B. et J.

• Que Maître Hiram est mort sous les coups de trois mauvais Compagnons, mais qu’il est relevé par les cinq points du Compagnonnage.

• Qu’il y a plus grand que le Maître de la Loge, savoir le Grand Architecte ou Créateur de l’Univers.

Nota - L’ouvrage de Samuel Prichard, que l’on pense n’avoir jamais été publié en français, est paru cependant en 1743 sous le titre : L’Origine et la Déclaration mistérieuse des Francs-Maçons.


• Pour plus d’information : Les Anciens Devoirs (Guy Chassagnard, Éditions Pascal Galodé, 2014). Masonry Dissected (Samuel Prichard, 1730). 

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