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Pourquoi et comment tire-t-on des santés?


Extrait d’un Catéchisme maçonnique manuscrit, dit de La Sagesse, datant de la première moitié du XVIIIe siècle :

Les santés d’obligation sont,

1 - Celle du Roi,

2 - Du Prince royal,

3 - De la Grande Loge d’Angleterre (?),

4 - Du Vénérable Maître, santé que les Surveillants doivent tirer après avoir demandé la permission de tirer une santé et de faire charger [les canons],

5 - Des frères visiteurs et du frère nouvellement reçu,

6 - De tous les maçons répandus sur la surface de la terre, et de la mero; on y joint celle des voyageurs, des prisonniers, malades et malheureux.

Déjà durant l’époque antique les agapes marquaient les grands événements de la vie de la cité. Les francs-maçons n’ont donc fait que s’inscrire dans une longue tradition festive en décidant d’achever leurs assemblées par des agapes d’obligation, c’est-à-dire organisées selon un cérémonial particulier – vraisemblablement issu des loges militaires – si l’on s’en réfère au vocabulaire utilisé.

Dans les agapes maçonniques, en effet, on aligne les tuiles (assiettes), les barriques (bouteilles) et les canons (verres), avant de se mettre à l’ordre, de charger les canons, et de faire feu (boire) à différentes reprises ; ceci se faisant alors que l’on démolit joyeusement les matériaux (victuailles) disposés sur l’autel (table), armé de truelles (cuil­lers), de pioches (fourchettes) et de glaives (couteaux). Le vin rouge est poudre rouge, le vin blanc poudre forte, le pain pierre brute ou mortier, et la serviette drapeau.

Au XVIIIe siècle, le nombre des santés tirées au cours des agapes était de six ou de sept (avec éventuellement une santé pour les membres de la loge ou les jeunes initiés). Ce nombre n’a pas varié depuis ; seul le libellé des destinations a quelque peu chan­gé, en se faisant comme il se doit républicain. De nos jours, on tire généralement les santés suivantes :

1 - A la France, à la République française, à ses représentants,

2 - Au très respectable Grand Maître et à l’Ordre maçonnique,

3 - Au respectable Vénérable Maître,

4 - Aux  Officiers de la loge,

5 - Aux nouveaux initiés,

6 - Aux frères visiteurs et à leurs loges,

7 - A tous les frères répandus sur la surface de la terre, qu’ils soient puissants, malades ou malheureux.

Qu’il nous soit permis de rapporter pour le plaisir ces santés datant du XIXe siècle, relatées par François-Timoléon Bègue-Clavel (1843) :

Lorsqu’on tire les santés, la mastication cesse. Les frères se lèvent, se mettent à l’ordre, et jettent leur drapeau sur leur épaule gauche. Sur l’invitation du vénérable, ils chargent leurs canons, les alignent sur la table ; et quand tout cela est fait, le vénérable dit : 

– Mes frères, nous allons porter une santé qui nous est infiniment chère et précieuse ; c’est celle de X***… Nous y ferons feu, bon feu, le feu le plus vif et le plus pétillant de tous les feux. 

Mes frères, la main droite au glaive ! Haut le glaive ! Salut du glaive ! Le glaive dans la main gauche ! La main droite aux armes ! Haut les armes ! En joue ! (Ici les frères approchent le verre de la bouche). 

– Feu ! (On boit une partie de ce qu’il y a dans le verre). 

– Bon feu ! (On boit encore une partie). 

– Le plus vif et le plus pétillant de tous les feux ! (On vide entièrement le verre).

– L’arme au repos !….

• Pour en savoir plus, se reporter au Rituel de table de sa loge. Consulter : Histoire pittoresque de la Franc-Maçonnerie (François-Timoléon Bègue-Clavel, 1843).

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