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Peut-on faire confiance à James Anderson, historien maçonnique ?

Dès la lecture des premières lignes du « Livre des Constitutions », publié en 1723 à la demande de la Grande Loge de Londres, à l’usage des loges maçonniques, il faut se rendre à l’évidence : James Anderson, son auteur, n’est pas fiable dans ses propos historiques. 

Nous en voulons pour preuve manifeste que, selon lui, 

« Adam, notre premier parent, créé à l’image de Dieu, le Grand Architecte de l’Univers, dut avoir les Scien­ces libérales, particulièrement la Géométrie, écrites sur son cœur ; car même depuis la Chu­te, nous en trouvons les principes dans le cœur de ses descendants, lesquels principes ont été, dans le cours du temps, rassemblés en une méthode pratique de propositions empruntées à la Mécanique : de telle façon qu’à mesure que les Arts mécaniques donnaient aux sa­vants l’occasion de réduire les éléments de la Géométrie en une méthode, cette noble Science, ainsi réduite, fut le fondement de tous les Arts (particulièrement de la Maçonnerie et de l’Architecture) et la rè­gle suivant laquelle ils sont conduits et pratiqués ».

Toujours selon Anderson, Adam enseigna la Géométrie à ses fils, Salomon et le roi Hiram de Tyr furent grands maîtres de loge, Nabuchodonosor, Ptolémée Philadelphe, le grand Auguste, le prince Edwin, les rois Jacques VI d’Écosse, Charles Ier et II d’Angleterre, furent tous des maçons zélés... 

Si la reine Elizabeth ne devint pas franc-maçonne, c’est seulement qu’en son temps les femmes n’étaient pas initiables.

A l’époque où vivait James Anderson, l’histoire du monde demeurait légendaire et allégorique. Elle ne pouvait que confirmer l’idée que l’on voulait s’en faire. Si on a souvent critiqué James Anderson pour ses erreurs et approximations historiques, on se doit de reconnaître que son œuvre a permis à des générations de francs-maçons d’élaborer les bases de leur ésotérisme maçonnique. 

Sans Anderson, sans ses Constitutions, la Maçonnerie spéculative ne serait pas aujourd’hui ce qu’elle est devenue, savoir un véritable centre d’union universel. Surtout, sans ses deux éditions du « Livre des Constitutions », de 1723 et de 1739, on ignorerait tout des premières années de la spéculation maçonnique. Or, il est toujours bon de savoir à peu près d’où l’on vient pour déterminer où l’on veut aller.

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