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Pourquoi parler de Louise de Keroual, qui ne fut jamais franc-maçonne ?

Parce qu’elle approcha de près, sans l’avoir désiré, la Franc-Maçonnerie du XVIIIe siècle, et qu’elle fut l’ancêtre de l’un de ses premiers grands maîtres anglais de sang royal, savoir Charles, duc de Richmond et de Lennox. 

Parce que, également, sa vie fut loin d’être banale. Rien ne destinait en effet la fille, au demeurant fort jolie, d’un modeste chevalier breton à devenir à la fois sujette des rois de France et d’Angleterre et de posséder en conséquence un titre de duchesse de part et d’autre de la Manche.

Une bonne fortune permit d’abord à Louise, née en 1649, d’être demoiselle d’honneur de Madame, duchesse d’Or­léans, belle-sœur de Louis XIV, mais encore sœur de Charles II d’Angleterre. Plutôt que de séduire la jeune femme, le Roi-Soleil jugea alors utile d’en faire sa représentante – et informatrice – auprès de son royal cousin. Tout comme son grand-père maternel Henri IV, Charles II était un homme à femmes.

Louise n’avait que vingt-deux ans lorsque, au cours d’une réception donnée à Londres en l’honneur de Charles II, elle se trouva être la partenaire du roi au Jeu du mariage, alors en vogue à la cour britannique ; si la cérémonie « officielle » ne fut, comme à l’accoutumé, qu’une aimable parodie, la nuit de noces, elle, se révéla en la circonstance bien réelle. D’où une liaison, entre les deux partenaires, qui devait durer une bonne quinzaine d’années ; et motiver ces propos acerbes de la part de Madame de Sévigné : 

Pour l’Angleterre, la Kéroualle n’a été trompée sur rien. Elle avait envie d’être la maîtresse du roi, elle l’est. Il couche quasi toutes les nuits avec elle, à la vue de toute la cour ; elle a un fils qui vient d’être reconnu, à qui on a donné deux duchés. Elle amasse des trésors... 

Quant au poète Andrew Marvell, il put écrire :

Alors Keroual, putain abjecte,

Notre Souverain sut griser

Et lui donna, ivre, un baiser

Qui fut pour le peuple funeste...

Fils naturel de Charles II et de Louise de Kéroual, Charles Lennox, premier duc de Richmond et de Lennox (1672-1723) devait devenir franc-maçon accepté : on le trouve ainsi maître de loge à Chichester en 1696. Charles Lennox, second duc de Richmond et de Lennox (1701-1750), fils du précédent, fut constitué franc-maçon et grand maître de la Grande Loge de Londres en 1724.

Quant à Louise, faite duchesse de Portsmouth, com­tesse de Fareham et baronne de Petersfield par son amant royal, duchesse d’Aubigny et pair de France par son protecteur Louis XIV, elle devait s’éteindre en 1734, quelques mois seulement avant que son petit-fils tînt loge en son château d’Aubigny-sur-Nère – loge à laquelle participèrent Charles Louis de Secondat de La Brède, dit Montesquieu, et Louis de Pardaillan de Gondrin, duc d’Antin et futur grand maître général des Maçons dans le royaume de France. 

A noter que dans la descendance directe de Louise de Keroual et de Charles II figurent les noms de Lady Diana, princesse de Galles, Camilla, duchesse de Cornouailles, Sarah, duchesse d’York, sans oublier celui de William, appelé à devenir un jour roi d’Angleterre.

Pour en savoir : Louise de Keroual (Alain Boulaire, Le Télégramme, 2011).

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