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Pourquoi les papes ont-ils tant honni les francs-maçons ?


Au commencement de l’histoire maçonnique, il n’y a pas de francs-maçons, ni de maçons acceptés, mais des maçons tailleurs de pierre ou de pose, des maîtres et apprentis du Métier qui tendent à se regrouper en confréries ou associations corporatives. Or, le pape n’est pas seulement un chef spirituel, en charge des âmes de la chrétienté ; il est aussi, depuis des siècles un chef temporel administrant des états s’étendant en Italie et dans les pays voisins.

Lorsque le Sacré Concile d’Avignon promulgue, en 1326, son décret concernant les ligues, sociétés et coalitions interdites, il y a belle lurette que l’autorité papale s’étend sur de vastes états. Au moins depuis qu’au VIIIe siècle, Étienne II, le 92e évêque de Rome, se soit vu reconnaître la possession de vastes terres conquises sur les Lombards par Pépin le Bref. Sous le pontificat de Jean XXII, les États pontificaux s’étendent sur sept provinces de la péninsule italienne et incorporent plusieurs enclaves dans les royaumes voisins de Naples et de France (avec Avignon et le Comtat Venaissin).

Au fil du temps, le pape est ainsi devenu un important chef d’état, supérieur même aux autres puisqu’il possède le pouvoir d’excommunication. Mais il doit sans cesse, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses terres, combattre, avec des fortunes diverses, les ambitions politico-religieuses de ses rivaux et de ses sujets. Ne verra-t-on pas l’Église (et donc les états qui en dépendent) dirigés dans le même temps par trois pontifes au début du XVe siècle... 

Ne verra-t-on pas, cent ans plus tard, les troupes de l’empereur Charles Quint envahir et piller Rome. Ne verra-t-on pas encore les États pontificaux devenir des départements français sous le premier empire, se faire République romaine dite de Mazzini en 1849, avant de disparaître en 1870 au sein d’un nouveau royaume d’Italie ayant Rome pour capitale… 

Alors seulement, et plus précisément après de la signature des Accords de Latran, conclus en 1929 entre Pie XI et Mussolini, ne pourra-t-on voir enfin dans le pape qu’un chef spirituel.

Jean XXII, Clément XII, Benoît XIV, Léon XIII, se sont illustrés par des textes doctrinaux et disciplinaires à l’encontre des confréries et des associations professionnelles ou corporatives dans le seul but de maintenir l’ordre et la paix dans leurs états. Ils n’ont été que les hérauts d’une longue tradition d’autorité, autant royale que papale. 

Dans le temps où à Rome on s’élevait contre le secret des maçons de taille et de pose, on interdisait dans d’autres capitales les rassemblements ou la libre circulation des personnes.

Souvenons-nous qu’au sein de la chrétienté, il a longtemps été interdit aux croyants – et sujets – de lire, en privé, la Bible ; la connaissance et la compréhension ne pouvant qu’être transmises par des pasteurs compétents.

© Guy Chassagnard – Tous droits réservés – guy@chassagnard.net

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