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A quoi sert le Delta lumineux de la Loge ?


Au-dessus du Vénérable Maître de la Loge, accroché ou peint sur le mur de l’orient se présente le Delta lumineux ; encore appelé Delta rayonnant ou radieux. Rappelons pour mémoire qu’il s’agit d’un triangle équilatéral, à trois angles et trois côtés égaux, au centre duquel se trouve l’Œil qui voit tout ou quatre lettres hébraïques : YHVH, symboles de l’Être suprême. Du triangle jaillissent, semblant émaner de son point central, des rayons lumineux comparables à ceux de l’astre solaire. Pendant toute la durée des travaux de la Loge, le Delta demeure symboliquement allumé. Ce Delta lumineux requiert quelques réflexions.

Sans chercher midi à quatorze heures, nous pouvons affirmer d’emblée qu’il s’agit, à l’origine du moins, d’une représentation de la Trinité, même si d’aucuns, dès les premières heures de la Révolution, l’ont transformée en concept philosophique. Le delta c’est, outre la divinité, l’harmonie et la proportion. L’homme correspond à un delta coupé en deux. Ses bases reposent sur la terre, tandis que sa pointe supérieure atteint le ciel, soit un autre monde, supérieur autant que mystérieux.

Le Delta lumineux d’une loge qui se veut progressiste, adogmatique ou libérale, peut avoir la forme d’un triangle isocèle. Ceci en vue d’enlever au symbole toute origine ou évocation religieuse. Face à ce type de Delta, on est amené à penser au fronton des temples grecs, à celui de Delphes en particulier ; à réfléchir sur les valeurs du nombre trois et son rapport à l’unité, mais sans revenir à la divinité.

Pour Edmond Gloton, « ses deux côtés supérieurs symbolisent les idées qui, parties d’un même point, se dirigent en sens inverse. C’est le rappel à la méthode d’analyse. Mais ses deux côtés ne s’étendent pas indéfiniment, car ils se perdraient dans l’infini et ne produiraient rien de constructif ; aussi sont-ils coupés par le troisième côté, horizontal, qui vient les limiter, montrant que l’analyse ne doit pas se poursuivre indéfiniment d’une façon stérile, mais qu’à un certain moment, il faut l’arrêter pour en tirer une conclusion ».

A l’intérieur du Delta se trouve l’Œil qui voit tout, l’Être suprême qui surveille son œuvre ou qui observe sans intervenir l’homme dans sa vie terrestre ; qui selon les aspirations spirituelles de l’être humain peut diriger ou simplement observer. Quand le franc-maçon est en loge, il travaille sous le regard de celui qu’il nomme volontiers le Grand Architecte de l’Univers, sous ses auspices, avec son aide et son inspiration. Il aspire alors à quitter la matière dont il est issu pour accéder aux hautes valeurs morales de la spiritualité.

C’est alors que le Delta allie les spécificités du triangle et de l’Œil, pour devenir une porte de communication limitant ce qui est en haut et ce qui est en bas, le microcosme et le macrocosme, les ténèbres et la lumière, l’homme et son Dieu.

Quant aux rayons qui s’en dégagent, ils expriment selon Oswald Wirth, « l’activité, l’expansion cons­tante de l’être, en vertu de laquelle le point mathématique sans dimensions, qui est partout, et remplit l’immensité sans limite ».

Le tout, nous dit encore Oswald Wirth, « est un schéma de l’Être dans la multiplicité infinie de ses manifestations, car tout est à la fois triple et un ».

Un mot encore sur les quatre lettres hébraïques pouvant remplacer l’Œil dans le triangle. Elles constituent le Tétragramme ; ce sont les quatre lettres hébraïques du nom propre de Dieu, celui qui, communiqué à Moïse, ne doit pas être prononcé. « Tu ne prononceras pas le nom de YHWH [Yahweh] en vain », dit le Talmud en son troisième commandement.

Quant au triangle isocèle du Delta, on peut en dire, entre autres choses, qu’il présente les rapports du Nombre d’or, savoir un sommet à 108° (le nombre de l’homme), et deux angles de base à 36° (nombre du ciel). D’où une corrélation évidente entre la terre (somme des deux angles inférieurs) et le… ciel. CQFD.

 - Pour plus d'information : Instruction maçonnique aux Apprentis maçons (Édouard Gloton, 1952). La Franc-Maçonnerie rendue intelligible à ses adep­tes (Oswald Wirth, 1893-1922 - Réédition Dervy).


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