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Comment vivaient, jadis,  les bâtisseurs de tombes égyptiens ?


Implanté depuis plus de trois millénaires en Haute Égypte, non loin de Louxor (Thèbes) et de la vallée des rois, le village de Deir El-Medineh n’a aucun lien, tant en matière de temps que de lieu, avec la Franc-Maçonnerie spéculative contemporaine ou la Maçonnerie opérative d’antan. Il est pourtant cité dans bon nombre d’écrits ayant pour vocation de déterminer les origines du Métier ; à seule fin de prouver que les groupements d’ouvriers, remontant aux temps les plus reculés, contenaient déjà les germes des confréries et guildes du futur. 

Car le village égyptien a une particularité évidente, celle d’avoir été édifié pour héberger, dans un cadre très élaboré, les artisans et les ouvriers affectés à la cons­truction des temples funéraires des pharaons et de leurs pro­ches.

Les habitants anciens de Deir El-Médineh sont à l’origine d’une grande partie des tombes et des temples relevant des règnes des Amenhotep, des Thoutmôsis, des Ramsès et de Toutânkhamon ; sans oublier la construction du temple de la reine Hatchepsout qu’ils ont aussi constuit – soit une période s’étalant tout au long du Moyen Empire égyptien, de la 18e à la 20e dynastie. A son apogée, le village était long d’une centaine de mètres (132 exactement), et large d’une cinquantaine. Ceint d’un mur, haut de cinq mètres, il ne comportait qu’une seule porte gardée de jour comme de nuit. A l’intérieur, réparties de part et d’autre d’une rue centrale, se dressaient soixante-huit maisons individuelles de bri­ques crues montées sur des fondations de pierre. Cha­que maison comportait plusieurs pièces. Plus d’un millier de personnes (comprenant les ouvriers et leurs familles) vivaient en permanence dans le village.

Les travailleurs, artisans, carriers et peintres, étaient répartis en deux équipes égales, la première dite de droite, l’autre dite de gauche, assurant chacune un travail continu de huit journées donnant lieu à deux jours de repos. Le salaire, bien plus élevé que dans les autres régions d’Égypte, était versé en nature, incluant des outils, de l’habillement, ainsi que la nourriture. On affirme qu’une grande partie de la communauté, y compris les femmes, savait lire et écrire. 

Ainsi, les habitants de Deir El-Médineh n’étaient pas des esclaves, astreints de force aux travaux funéraires, mais des citoyens libres ayant accès à l’usage de la revendication et de la justice. On en veut pour preuve cette grève survenue en l’an 24 du règne de Ramsès III (1184-1153), lorsque les ouvriers mécontents de ne pas avoir été payés en temps et en heure, jetèrent leurs outils et quittèrent leur poste. La grève dura dix-huit jours et ne fut levée qu’après la livraison des approvisionnements réclamés.

Après 500 ans d’occupation, le village de Deir El-Médineh fut abandonné, soit à la fin du règne de Ramsès XI, vers l’an 1070 av. J.-C. Demeurent encore aujourd’hui sur place ses ruines et, dans de multiples musées du monde, ses momies, pièces de mobiliers et objets divers, témoins d’une vie courante depuis longtemps révolue.

- Pour en savoir plus : La Pierre de Lumière (Christian Jacq, XO Éditions, 2000).


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