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Robert Moray fut-il le premier maçon libre et accepté ?


Nul à ce jour ne peut l’affirmer ou l’infirmer. Ce que l’on peut avancer, cependant, sans risque d’erreur grossière, c’est que Robert Moray demeure le premier maçon libre et accepté connu et reconnu. On peut supposer toutefois qu’il eut des prédécesseurs anonymes dont les rôles maçonniques n’ont pas conservé le souvenir. Quoi qu’il en soit, en citant le nom de Robert Moray, il est aisé de constater que dans la première moitié du XVIIe siècle, on initiait déjà des maçons non opératifs en Angleterre. De quoi fâcher sans doute les adeptes de l’École authentique...

Mais qui était Robert Moray ? S’il avait possédé une carte d’adresses, « a visiting card » comme on disait à l’époque, la liste de ses emplois et fonctions eut été longue, car il déploya de multiples activités tant en Écosse, sa terre natale, qu’en Angleterre et qu’en... France. On peut oser dire qu’il s’agissait d’un autodidacte, d’un « self made man » ; formé sur le tas de l’entreprise civile ou militaire.

Né en 1608 Robert Moray occupa d’abord des fonc­tions indéfinies sur une île artificielle permettant l’extraction en mer du charbon ; avant de porter en France l’uniforme des Gardes écossaises, ce qui lui permit d’approcher le duc de Richelieu et d’accéder au grade de lieutenant colonel. Ainsi se retrou­va-t-il, encouragé par son protecteur, qui en fit son agent, quartier-maître général (responsable des approvisionnements et des transports) en Écosse – alors en lutte contre l’Angleterre. D’où sa présence, en l’an 1641, à New­castle-upon-Tyne ; nous y reviendrons. 

En 1643, Robert Moray fut fait chevalier par le roi Charles Ier ; et renvoyé en France, où il rejoignit les Gardes écossaises avec le grade de colonel. Suite à deux années d’emprisonnement en Bavière, sa libération par le paiement d’une forte rançon, et son retour en Angleterre pour le compte de Mazarin, il faillit sauver Charles Ier de la détention et de la mort – le roi refusant cependant, pour l’honneur, de se déguiser en femme à seule fin d’échapper aux hommes de Cromwell. 

Après le retour des Stuarts sur le trône de Grande Bretagne, Robert Morray occupa encore les fonctions de conseiller privé auprès de Charles II et de Lord de l’Échiquier, intervenant quand de besoin en Écosse pour les affaires du roi. A sa mort, survenue en 1673, il fut inhumé à Londres dans la cathédrale royale de Westminster. En 1660, il avait participé à la création de la Société royale de Londres pour l’amélioration du savoir naturel, au sein de laquelle devait entrer, l’année suivante, un certain Elias Ashmole. 

Mais revenons en 1641, le lundi 20 mai, précisément. Ce jour là se tint à Newcastle-upon-Tyne, au nord-est de l’Angleterre, qu’occupaient alors les for­ces militaires écossaises, une tenue maçonnique organisée par des membres de la Loge Mary’s Chapel d’Édimbourg. Au cours de celle-ci, Robert Moray fut initié franc-maçon ; de concert avec le général d’artillerie Alexander Hamilton – que l’histoire britannique a depuis longtemps oublié. 

On ignore aujourd’hui si Robert Moray se montra un maçon accepté zélé et assidu, mais on remarque que tout au long de sa vie, il orna sa signature manuscrite d’une étoile à cinq branches dessinée d’un seul trait de plume ; la même étoile figurant sur le sceau destiné à marquer son abondante correspondance.

- Pour en savoir plus : Proceedings of the Society of Antiquaries of Scotland, n°114 (David Stevenson, 1984).


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